Cela faisait longtemps que je n'étais point venue me perdre inutilement par ici. Il faut dire que je n'avais pas pour habitude de traîner dans les ruelles d'humains puants la poussière et le limon du grand fleuve Nil. Bien que j'aimasse cette poussière volante, ces bruits de marchés comme des voix étouffées en un son étrange et dérangeant, je ne pouvais me résoudre à y venir souvent. Les hommes n'étaient que des amuse gueules. Plus les jours passaient et plus j'étais en manque d'animation et de quelque chose sortant de l'ordinaire, quelqu'un qui ne me remarquerait pas uniquement pour ma figure angélique. Trompeuse d'ailleurs. Tant pis pour eux, tant mieux pour moi, comme on aurait pu le dire. Je ne sais pas trop où aller, où me diriger pour trouver un semblant d'activité sortant de la bégueule des pécheurs ramenant leurs prises ou les vendeurs d'objets plus tordus les uns que les autres. Thèbes était un nid actif, mais j'aspirais en ce jour à quelque chose de calme, et non tortueux. Une chasse facile en somme.
C'est pourquoi j'avais aussitôt tiqué sur la figure occidentale déambulant dans les ruelles sablonneuses de la ville. Il faisait chaud aujourd'hui, et encore cette nuit. J'avais attendu que le crépuscule tombe sur les chaumes blancs de la ville. Et je l'avais repéré.
Un humain. Un tout petit humain. Mais qui avait l'air, sinon perdu, de chercher quelque chose d'introuvable. Curieuse comparaison, je l'admets, mais c'était cela. Il paraissait vouloir porter son regard sur quelque chose qui lui échappait en tout points. Pas de chance, petit voyageur. Mais moi je t'avais trouvé. Je ne lisais pas les pensées, mais quelque chose m'indiquait que c'était peut être l'un des miens qu'il cherchait. Peut être, comme tant d'autres, avait-il entendu parler de la cité mythique des sables du désert, cette capitale bercée dans les entrailles de la terre dont aucune trace n'apparait à quiconque ne l'a jamais vue. Les affabulations des hommes étaient décidément ridicules. Mais cela valait mieux que la vulgarité et le mépris. Quoique... J'adorais le mépris.
Je m'approchais de la créature bipède, le traquant de mon regard sur sa nuque avec l'oeil acéré d'un oiseau de proie. Petit petit, viens par ici. Ta mère ne t'a jamais dit de ne pas sortir la nuit? Les méchants sont partout. Même derrière toi, justement.
"Serait-ce un voyageur que je vois là?"Un sourire. Autant être charmeuse, je me doute qu'il devinera très vite qui je suis. Il a l'air malin. Et puis, de toutes façons, si il n'est pas gentil, je le tue. J'ai faim, soit dit en passant. Ma voix était suave, chaude et veloutée. Je me rapproche un peu plus encore de cet homme, guettant chacun de ses mouvements comme une petite souris. Petit petit..
J'adore jouer au chat et à la souris. Je peux même cracher, sortir les griffes, miauler, ronronner. Et toi je suis sûre que tu sais couiner et gémir aussi en cherchant à t'enfuir. La chasse est mon jeu favori. Et j'escomptais bien, en cet instant, que tout européen que tu étais, tu savais parfaitement y jouer également. Et c'est tant mieux. Cela faisait trop longtemps que je n'avais rien vu d'interessant, que j'étais seule à chercher un peu d'activité et d'énergie. Aussi, je lançais les dés. Ce soir là, je le savais, j'étais prête à tout, la tête pleine de folle excitation à l'idée d'avoir trouvé une proie. Je n'avais point encore décidé de mon but final. Je voulais avant un peu apprendre à le connaître, cet homme encore inconnu. Je voulais jouer avec, le secouant d'une douce patte, vérifiant qu'il est bien agité.
Alors jouons à chat, étranger. Au chat et à la souris. Mais, histoire que tu ne te trompes pas.. C'est moi le chat.
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Et on condamna la Folie a servir de guide à l'Amour..Mordez moi ! I'm the Lust..
