Chroniques d'Immortels

.: Le secret de Pandore :.
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 Être ou ne pas être?

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Andrea
Descendante de Pandore


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MessageSujet: Être ou ne pas être?   Sam 22 Mar - 17:46

Telle est ma question, ce sujet de reflexion qui me hante ce jour. Ou plutôt, cette nuit, car là haut, à la surface, le clair de lune doit sûrement être au plus haut point dans le ciel, éclairant de ses doux rayons argentés le sable fin, lequel doit alors prendre une couleur grisée, laissant ça et là des poussières sablonneuses sillonner les collines désertiques. Oui, dans le monde des hommes, la nuit doit être belle. Ici bas, à Vasteval, la lumière est toujours la même, plus sombre par endroit, inégale mais constante. Je repense donc à ces tiraillements cérébraux qui ne me quittent jamais. Maintenant plus que jamais. Moi qui suis d'habitude si impulsive, je me vois bien réfléchie, plongée dans mes pensées parfois insalubres. Ma condition n'est en rien remise en cause et je suis fière d'appartenir à la plus noble des races de l'occulte. Mais je me demande comment mettre fin à l'existence de ces chiens qui galopent à leur aise dans les monts enneigés, à des milliers de kilomètres d'ici. Le monde a besoin de maîtres, et nous ne pouvons rester ainsi les bras croisés, à attendre le même messie qu'il y a 15 siècles.

Je me retrouve ni plus ni moins à élucubrer dans ce théâtre de notre ville souterraine. Depuis le palais royal, mes pas m'ont portée jusque là, sans aucune autre forme de procès. Je me retrouve sur cette scène vide de toute forme d'agitation, vivante ou éternelle. Je m'imagine avec joie les acteurs, vampires du peuple pour la plupart, humains rarement, jouer sur cette scène, à la vue de tous. La loge d'honneur, en face, est drapée de rideaux pourpres, fermée, dont l'accès n'est autorisé qu'aux personnes de haut sang... Ou haut rang. La famille impériale vampirique, le gouvernement. La noblesse en général dispose de sa propre tribune, et le parterre accueille ainsi les autres. Je me déhanche lentement, entraînée par une musique que je suis la seule à entendre. Je déclame à voix basse, m'amuse. Mon père dirait que je n'ai pas grandi. J'ai presque l'impression d'entendre la voix réprobatrice d'un courtisan proche de lui. 'Princesse, vous ne pouvez pas.. Pensez à votre rang très chère !' JE ris intérieurement, il m'aurait bien amusé celui là avec ses paroles sans queue ni tête.

Ainsi donc, déambulant sur le plancher de bois verni, je me vois déguisée en déesse, tantôt Antigone, tantôt Caligula. Je vais de l'un à l'autre, passant par une multitude d'autres personnages, et je voltige d'un costume rêvé à un autre. Je me dirige alors vers les coulisses, et observe tout ça. J'y trouve un fauteuil de velours légèrement usé par endroits, coloré d'un rouge sanglant parfait. Je le traîne alors alègrement vers le centre de la scène, et m'y installe, récupérant au passage mon étui. Mon violon. J'ouvre la chose pour récupérer mon bijou d'acajou, dont les cordes toutes plus belles les unes que les autres semblent frémir d'envie de faire entendre leurs voix parfaites. Je m'asseois, saisis mon archer paisiblement, et commence à jouer. Je ferme les yeux, écoute ma musique. Celle ci résonne inlassablement, comme si j'étais accompagnée de deux musiciens dont le jeu serait l'écho du mien. Une cadence parfaite, un enchaînement exceptionnel. Je me laisse entraînée par cet instant d'éternité folle, et m'emballe, laissant avec folie mes bras jouer la valse de mon esprit. Je suis ailleurs..

Je n'ai pas envie de m'arrêter. Je voudrais que cet instant d'éternité, cette musique intarrissable m'emporte dans cet autre monde que j'imagine. Sans lycans, sans humains. Juste nous, gracieux vampires, nos fêtes, nos orgies et nos rires éblouissants, ornés de canines étincellantes de joies. Nos yeux rougis luisants, notre alchimie. La mienne s'est lentement activée, et comme une aurore boréale, de doux rayons lumineux sortent de mon instrument, formant un hâlo délicat autour de nous, je brille.

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Népenthès
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MessageSujet: Re: Être ou ne pas être?   Lun 7 Avr - 17:57

Une ombre furtive s'était faufilée dans les coulisses du théâtre. Elle était là depuis un moment déjà, et les rongeurs qui avaient élus domicile dans ces lieux l'avaient vu aller et venir depuis un long moment, comme si à elle seule elle faisait le spectacle. Puis tout à coup, tout était devenu silencieux. A partir du moment où Andrea avait mis les pieds dans le théâtre, il n'y avait plus eu de mouvement, plus d'ombre vive... Plus un froissement de rideau, plus un souffle... Les rongeurs n'avaient pas bougé en revanche... Ils avaient trouvé un autre sujet d'observation.

Lorsque la vampire se mit à jouer, les souris firent trembler leurs moustaches, comme si elles palpaient les ondes musicales grace à elles. Leurs oreilles dressées, leurs yeux noirs et brillant fixés sur la violoniste, elles admiraient le spectacle. Si bien qu'elles n'entendirent pas le pas léger qui s'avançait vers elle. Une botte de cuir noire s'arrêta à leur hauteur. Elles frémirent alors mais ne bougèrent pas, comme tétanisées. Une main blanche ramassa l'une d'entre elles. Le rongeur se mit à frémir tandis que la main blême mais douce la caressait avec lenteur. Puis les tremblement cessérent comme si elle avait reconnu la propriétaire de cette main.

Vêtue d'un pantalon sombre et d'une chemise aux manches bouffantes, brodées de dentelle, Népenthès murmurait des mots doux mais qui n'avaient aucun sens à la souris qu'elle tenait dans sa main. Ses cheveux étaient relevés, comme souvent, en un chignon... ou plutôt une sorte de chignon assez épars, dans lequel elle avait suspendu des plumes blanches de cygne. Ses yeux n'étaient soulignés que d'un trait noir au dessus des cils et qui décrivait une légère courbe au coin de ses yeux. Ses lèvres avaient été laissées au naturel et elles formaient un doux sourire attendri.

La souris monta le long de sa manche jusqu'à son cou où elle alla se lover. Népenthès pencha la tête en fermant les yeux, souriant toujours. Sa joue caressa le doux pelage de l'animal. La jeune vampire semblait plonger dans une sorte d'extase, entre les notes vives de la musique et la chaleur du petit corps du rongeur. Elle ne cherchait plus à ne se faire qu'ombre. Elle était d'ailleurs en plein milieu de l'allée centrale, entre les rangées de fauteuils rouges et poussiéreux.

Enfin, elle ouvrit les yeux et observa Andrea d'un regard intense...

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Andrea
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MessageSujet: Re: Être ou ne pas être?   Mar 8 Avr - 19:57

Perdue dans la musique étouffante, envahissante que mon bijou d'acajou hurlait, je baissais ma garde, et n'entendais plus aussi bien. Pourtant, dans les sifflements aigus et les longs sanglots graves que mon instrument tant aimé laissait échapper par ma main, j'avais senti une nouvelle présence, une nouvelle personne dans la pièce. Une vampire, j'en étais sûre. Je ne m'en affolais pas, et continuais mon jeu. La mélodie longue, douloureuse, contrastait étrangement avec la façon presque lascive que j'avais de tenir mon superbe violon. Je l'enlaçais d'une certaine manière, ma main tenant l'instrument au niveau des cordes au bout, son corps posé sur mon épaule, et mon menton venant s'ajouter par dessus. Mes autres doigts étaient gracieusement fermés autour de l'archer emmène mon bras pour accompagner chaque mouvement à l'origine de ces plaintes musicales qui s'élèvent, de plus en plus fortes dans le théâtre quasiement désert. Ces notes montent, s'allongent, s'amplifient, formant un crescendo majestueux, imposant, qui éclate dans le silence, étincelles sonores traversant le temps et l'espace depuis cette haute scène où je me trouve.

Je poursuis, inlassablement, improvisant une suite au morceau dont j'ai coupé la fin. Ma tête fonctionne à plein, cherchant les accords et les enchaînements avec une dextérité rare. Je ne réfléchis pas vraiment, cette seconde nature s'impose en moi, dominant tout mon être que je ne contrôle plus vraiment. Je suis dans une plénitude parfaite, belle vampire entrée dans une bulle mélodieuse. Je me sens terriblement bien, c'est comme si mon esprit s'était soudainement déconnecté de mon corps. Je pense sans véritablement contrôler mes mouvements, mon moi physique agit malgré mon moi spirituel qui profite de cet instant pour écouter la musique. Mon enveloppe charnelle se dynamise et le son augmente encore, plus fort et puissant que jamais, alors que mon moi intérieur plane, porté par ces notes délicieuses. Lentement, je laisse les notes se perdre avec douceur dans le silence qui reprend peu à peu sa domination sur ce lieu vide. J'abaisse toujours un peu plus la profondeur du son, jusqu'a laisser finir avec langueur une note larmoyante. C'est terminé, et j'ouvre les yeux.

Je me tourne alors vers la nouvelle venue, qui m'observe avec un regard intense et terriblement profond. Vêtue avec une classe féminine alors que ses vêtements sont essentiellement masculins, j'admire sa silhouette svelte et son visage avenant. Elle semble sympathique, et je laisse mes lèvres vermeilles esquisser avec art un sourire fabuleux. Un de ces sourires énigmatiques et ténébreux qui laissent pensifs. Un sourire à la fois si amical, pouvant se révéler provocateur ou langoureux selon la situation. Paresseusement, je laisse ce sourire s'étirer sur ma figure, mes canines d'une blancheur étincellante apparaissant légèrement à la lumière de ce petit théâtre. Le joli minois de celle qui me fait face affiche également un léger sourire, mystérieux, réfléchi. Je laisse retomber mon violon, qui était rester appuyé sur mon épaule, et le pose dans son étui, avant de me retourner vers la visiteuse. Ma robe d'un rouge sanglant marque la différence avec ses vêtements noirs et blancs.

"Bonsoir Mademoiselle. Puis-je connaître votre nom?"

La fleur qui me fait face ne semble point aristocratique, mais elle m'est profondément familière, et je voudrais connaître le nom de cette dompteuse de souris. Sans doute un serviteur vampire encore sans maître, ou alors serviteur du palais. Je m'approche un peu plus, sans quitter ma merveilleuse estrade, les yeux fixés sur la vampire, mes pupilles irisées détaillant son profil, cherchant là les traces, les indices qui me permettrait de déterminer son identité.

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Népenthès
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MessageSujet: Re: Être ou ne pas être?   Dim 13 Avr - 18:31

Après un petit voyage sur ses épaules, la souris rescendit finalement sur le sol et s'éloigna avec ses comparses sous les fauteuils rouge sang et gris poussière. Népenthès pencha la tête sur le côté à la question de la vampire, comme si la réponse coulait de source. Elle pouvait voir par les habits et par la prestance de son interlocutrice qu'elle n'était pas une vampire de basse extraction, loin de là. L'aura qui l'entourrait montrait le pouvoir qui se dégageait d'elle, un pouvoir puissant et attractif, comme un aimant.

Népenthès jeta un coup d'oeil autour d'elle, comme si elle s'attendait à ce que quelqu'un d'autre sorte des loges pour répondre à la question d'Andrea. Mais il n'y avait qu'elles et les souris qui s'éloignaient déjà à la recherche d'une casse croûte pour le soir. Alors la vampire fit un pas vers Andrea, puis un second. Elle avançait doucement en la fixant d'un air pénétrant, presque fou. Ce regard aurait sans doute fait frémir un faible humain mais celle qui se trouvait face à elle n'était pas de cette race faiblarde et couarde des humains. Elle était de la haute lignée des vampires, enfants de Pandore, peut-être les seuls qu'on pouvait considérer comme dignes de cette ascendance. Les lycans n'étaient que des bêtes brutes, et les humains étaient trop stupides pour se hisser à un tel rang. D'ailleurs, si elle devait faire un choix de préférence, Népenthès aurait préféré la compagnie des lycans. Les humains n'étaient bon que pour l'amusement.

La vampire s'avançait toujours, en silence, le bruit des talons de ses bottes de cuir résonnant malgré la moquette usée du théâtre.


" Mon nom est synonyme d'oubli... synonyme de perfidie... " fut sa réponse.

On sentait une aura de douce folie autour d'elle, comme une fièvre qui nous fait délirer et perdre les sens mais dans laquelle on trouve tout de même une sorte de plaisir. Elle s'arrêta à quelques pas de la scène, fixant toujours Andrea sans ciller. Puis elle inclina légèrement la nuque.


" Je suis Népenthès, ma Dame... Mais on me connait surtout sous le nom... d'Empoisonneuse... "

Elle eut un sourire un tantinet sadique et elle caressa doucement une petite besace marron qu'elle portait au côté et qui contenait diverses fioles, liquides et herbes, dont elle seule connaissait les moindres secrets. L'Art du Poison n'avait plus aucun secret pour elle.

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Andrea
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MessageSujet: Re: Être ou ne pas être?   Jeu 24 Avr - 17:59

La silhouette presque fantômatique, rêveuse et distante de la jolie vampire qui me faisait face m'intriguait. Elle semblait profondément décalée, dans le sens où sa démarche, ses gestes mêmes paraissaient venus d'ailleurs, pleins d'une grâce et d'une douceur rares. Tout son être était étranger à l'habituel. Son attitude lunaire, posée, calme comme si elle n'avait jamais connu la colère et l'échauffement me surprenait assez. J'étais moi même d'apparence très placide, très tranquille, mais je bouillonnais constamment, et le sang glacé de mes veines vampiriques, je le ressentais aussi chaud que si j'avais été une humaine face à l'acte ou un meurtre. L'adrénaline montait toujours à mon cerveau et les pulsations disparues depuis longtemps de mes tempes auraient été le reflet d'artères déchaînées. Tout mon corps en ébullition était comme un acide, un poison maître qui coulait lentement mais activement dans des vaisseaux insensibles à sa brûlure intense. Cet engrenage infernal n'ayant pour seule spectatrice de son apologie un esprit secret et mystérieux. C'était moi. Une coléreuse insoupçonnée. Moi dont le corps inondait la lumière de son appel à la luxure, moi dont l'allure même hurlait son besoin d'amour et de.. Sexe?

Mais elle était différente. Elle respirait le silence, elle était l'allégorie même du mystère. Si étrange, si attirante et si repoussante à la fois. Cela pouvait en être presque choquant. Sa figure au regard nuageux se fondait dans le décor, comme si son pas empreint d'aisance se coulait dans le plancher vernis et craquant à certains endroits de ce théâtre. Elle était ce mime, ce personnage indéchiffrable dont le dialecte particulier était celui des mouvements, des gestes et du corps. Chacun de ses actes était empli de poésie, et mes pupilles irisées, dilatées par l'obscurité envoutante de la pièce, se fixaient sur ses mains agiles et délicates. Mes yeux tempétueux, dont le bleu de l'atlantique nord évoquait les glaciers les plus profonds, plongeaient sur cette vampire probablement servante, et se laissaient couler sur elle, glissant de son visage à la petite souris. Petite souris au poils soyeux, au pelage doux malgré ses origines minables, pauvre petit être issu des combles de cet endroit romantique et fréquenté lors de représentations. Je laissais mes pensées fuser, divaguer, voler à travers mon encéphale perturbé pour finalement calmer ce flux spirituel qui m'inondait de sa puissance.

La résonnance de ses pas était le seul bruit perceptible à cet instant. La souris avait filé. La réponse à ma question fut coulante, paisible, comme si il était anodin de poser ce genre de questions lors d'une première rencontre. J'étais à la fois étonnée et ravie par cet échange des plus surprenants. Sa voix feutrée était agréable à l'oreille, une hypnose de l'ouïe, un sens à l'affut toujours plus de cette douce voix. Ses cils jamais ne venaient clore ses yeux en caressant tendrement le haut dde ses pommettes, elle était captivante. Oubli? Perfidie? Tous ces mots sonnaient comme de bons amis à mes oreilles amusées. Elle prononça son nom, ajoutant à cela son surnom, et je ravivais l'un de mes nombreux souvenir. Ma mémoire ne me faisait jamais défaut, jamais, et j'avais entendu parler de cette dame. Népenthès, l'Empoisonneuse.

"Oh, je vois, j'ai entendu parler de vous.."

Je n'avais point tord. Une vampire, une servante. Une femme de l'ombre dont toute la force résidait dans ses potions mystiques et fatales. Vampire mortelle, vampire tueuse. Charmante, joli tableau que voici.

"Népenthès, celle dont les précieux services ont su anéantir de nombreux gêneurs de l'empire ou de ceux qui le serve.. Sans aucune trace."

Je laissais mes lèvres pleines esquisser avec art un sourire ravageur. Ma voix cristalline à cet instant avait traversé la salle dans un souffle. Mes canines d'une blancheur lumineuse apparurent étincellantes dans la demi obscurité qui assombrissait la scène où j'étais encore perchée.

"Merveilleux."

Un rire léger, sorti des profondeurs ténébreuses et infernales traversa ma bouche, tiraillant mes cordes vocales dans un son musical, cristallin, tout autant que ma parole. Le silence revint conquérir la pièce, effaçant toute trace de mon rire presque démoniaque. Recouvrant mon aspect secret et caché, j'ajoutais dans un murmure qu'elle avait pourtant parfaitement entendu, j'en étais sûre, elle savait ce que j'avais dit..

"Vous savez qui je suis n'est-ce pas? Ou non?"

Ce petit jeu m'amusait beaucoup, j'avais hâte de connaître sa réponse, de savoir. Moi, Andrea Ascheriit, fille du roi, de l'empereur Lysander Crowley, je n'étais peut être pas connue de la populace et des vampires non bourgeois. Qui étais-je donc pour elle, pour Népenthès venue tout droit des coulisses, quand moi je venais de la scène et des loges?

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MessageSujet: Re: Être ou ne pas être?   Ven 16 Mai - 20:33

Népenthès fixa Andrea d'un air amusé, comme si cette question lui semblait absurde. Elle pencha la tête sur le côté avec une ombre d'intrigue sur le visage. Ses yeux semblaient scruter son visage avec beaucoup d'attention, comme si elle tentait de percer les moindres secrets de ce visage noble, de ce port altier... Elle donnait presque l'impression de n'avoir aucune idée de l'identité de son interlocutrice. Du moins, elle entrenait une certaine ambiguité dans sa façon d'être qui pouvait mener à ce doute. Les plumes de cygne blanches accrochés à ses cheveux se balançaient doucement au gré des mouvements de sa tête. Elle avait ce petit air de démente qu'on lui voyait souvent. Et lorsqu'elle parla, sa voix donna l'impression d'être éthérée, comme si son corps était là mais ses pensées et son esprit étaient déjà bien loin :

" Je sens une très grande aura chez vous... oh oui, oui... très grande aura... "

Elle se mit alors à lui tourner autour pour la détailler sous toutes les coutures. Elle ne la touchait pas, à peine les mouvements d'air qu'elle provoquait ne devaient être percpetibles. Ses yeux s'étaient rétrécis, comme les yeux d'un chat scrutateur. Mais Andrea n'était nullement une souris de bas étage, pas une vulgaire proie abandonnée... La façon dont elle l'examinait se rapprochait plus de celle qu'elle arborait lorsqu'elle confectionnait ses elixirs secrets ou qu'elle partait à la recherche de quelques plantes rares. Un objet d'étude qui provoquait chez elle beaucoup d'admiration.

" Ma Dame a du sang noble dans les veines, ça ne fait aucun doute... Encore qu'en voyant votre tenue, La Palisse n'aurait pas dit mieux ! "

Elle eut un rire léger et chantant qui résonna dans tout le théâtre. C'était un rire malicieux mais empreint d'une certaine marque de folie. Népenthès donnait toujours très souvent cette apparence de ne pas avoir toute sa tête. Elle parlait souvent à demi-mot, s'amusait d'un rien, sans compter son accoutrement qui lui donnait vraiment l'impression d'être décalée. Quand les jeunes vampires arboraient de somptueuses robes ou des jupons affriolants, elle arborait un style mélangé de masculin et de féminin. Ses coiffures avaient toujours beaucoup d'exentricité. Et il lui arrivait souvent de se balader par les rues, la nuit, en chantonnant des berceuses et des comptines, comme une folle bienheureuse.

Pourtant, Népenthès avait bien toute sa tête. Il le fallait pour confectionner de tels poisons. Il fallait beaucoup de délicatesse, de dextérité. On pouvait atteindre des résultats assez grossiers facilement. Mais il fallait être un maître en la matière pour savoir composer une potion des plus délicates, mélanger soigneusement les éléments... Un peu comme une partition de musique : chaque note devait être mesurée à sa juste hauteur, ni trop ni trop peu, pour que le morceau soit parfait. Et il fallait une dextérité à toute épreuve pour manier les cordes du violon ou les touches du piano, comme Népenthès maniait les cordes de la vie et de la mort par le biais de son art.


Souriant toujours avec mystère, Népenthès se mit à tournoyer sur elle-même, les bras écartés comme si elle allait s'envoler. Son rire tournoyait toujours autour d'elles, comme une musique entêtante et lancinante. Elle avait les yeux clos, et elle tournait, encore et encore.

" Sa Majesté nous fait le plaisir d'être là ce soir, mes amis ! " s'exclama t elle sans qu'on ne sache à qui elle s'adressait.

Puis elle s'arrêta de tourner et elle rouvrit les yeux pour fixer Andrea avec un sourire en coin et un regard très équivoque. Une des plumes blanches s'était détachée de sa coiffe et voletait au dessus d'elle, avec légèreté. Népenthès tendit la main pour la cueillir entre deux doigts. Elle se caressa doucement le visage avec elle, savourant la douceur du duvet immaculé.


" Vous êtes sans doute Andrea... la fille de notre souverain à tous... "

Elle se fendit d'une révérence, faisant tourner son poignet en de petits moulinets. Cette révérence avait tout du ridicule mais Népenthès n'en pensait pas moins de ce geste. Il n'y avait aucun respect ni de moquerie d'ailleurs. Il s'agissait encore d'un agissement de son esprit tortueux. A vrai dire, elle n'accordait aucune importance à la hiérarchie et au pouvoir au dessus d'elle. Si elle s'était mis au service d'un maître vampire, c'était uniquement pour servir ses propres plans...

Elle continuait d'observer Andrea d'un air aiguisé, caressant ses lèvres avec la plume qu'elle avait récupéré. Un sourire qui paraissait légèrement sournois s'égarait sur son visage...

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Andrea
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MessageSujet: Re: Être ou ne pas être?   Sam 24 Mai - 20:25

Elle semblait illuminée, guidée par une force mystique. Dans un autre contexte, on se serait moqué de ma lubie, cette manie que j'avais de trouver toute personne un peu insensée totalement folle. Mais elle avait cette flamme dans les yeux, cette lueur à la fois maléfique et délicate, qui illustrait son visage d'une expression rêveuse. Elle était ailleurs, c'était clair. Elle virevoltait comme une enfant dans ce vieux théâtre qui faisait la renommée de la noblesse. Tout jusqu'à son rire même évoquait une pointe démoniaque, comme si elle était allumée d'une pensée délirante qui lui faisait perdre tout contrôle d'elle même. Elle planait, avec ses yeux fous, roulants légèrement dans ses orbites gracieuses, avec son sourire qui semblait d'un autre monde, pour nous qui sommes déjà exclus d'en haut, de ce sol que les humains foulent jour après jour, nous croyant disparus à jamais, héros de légendes. Ce geste, ce tic qu'avait Népenthès de pencher avec lenteur sa tête d'un côté, la rapprochant de l'une de ses épaules, lui donnait une frimousse enfantine, elle paraissait infantile, elle qui pourtant, je le savais, pouvait tuer de si peu de choses. Un poison, un lent venin qui s'insinue dans nos veines glacées. Elle savait manier l'art des poisons, des elixirs et des liqueurs magiques. Elle était une artiste à sa manière.

Nous autres vampires, nous aimons les arts. Elle faisait donc bien partie de ces membres de notre communauté vampirique, elle était de ces personnalités que l'on admirait et enviait sans vouloir l'admettre et se l'avouer. Je le savais pour avoir su déceler chez d'autres la volonté de maîtriser cette drôlesse pour obtenir ses pouvoirs. Mais elle était forte, sous ses apparences angéliques, elle ne se laissait pas manipuler aussi facilement que certains auraient bien voulu le croire. C'était une femme fidèle à elle même, traîtresse à ceux qu'elle n'aimait pas. Je le sentais dans son allure, sa dégaine même. Elle jouait les amusées, pourquoi pas les naïves, mais je voyais bien brûler au fond de ses yeux la heine ou l'amour. Je n'aurais su dire pourtant à quoi elle associait ces émotions que son regard aigu pointait si bien, si intensément. Il brillait dans ses yeux une beauté farouche qui contrastait violemment avec sa silhouette délicate, presque fragile. Une poupée que l'on craindrait de casser, avant de s'apercevoir qu'elle est faite du fer le plus solide, le plus implacable. Sa voix si particulière sonna à nouveau, habitant de toute sa plénitude le petite théâtre qui n'était qu'a nous deux cette nuit là. C'était comme si sa voix était habitée d'un léger rire, qui attendait pour s'exprimer pleinement. Elle demeurait songeuse, cherchant à deviner qui j'étais, ou simplement, le confirmer.

"Une aura vous dites?"

Un sourire amusé vint se peindre sur mes lèvres vermeilles, décorant mon visage aux traits fins et artistiques la riche beauté d'une statue de marbre marmoréenne. Le mythe de Pygmalion, j'aurais pu être une sculpture m'animant pour venir aimer celui qui m'avait donné le jour. J'aurais pu être cette étrange et subime représentation, née des mains d'un créateur mystérieux, et, me réveillant doucement entre ses bras, j'aurais ouvert mes yeux polaires sur son visage, et j'aurais été à lui, comme lui aurait été à moi. Un rêve totalement lointain pour moi, moi qui suis née vampire. Je n'ai jamais connu de vie humaine, je suis vampire et glacée jusqu'au sang, jusqu'a ce sang gelé qui reste froid dans mes veines bleutées. Je me demandais comment était la vie de Népenthès, comment elle avait vécu ce changement, ce passage de l'espèce indifférente à l'espèce maléfique et pourtant disposée à l'immortalité et à la toute puissance. Avait-elle connu l'amour lors de sa morsure? Avait-elle été délaissée par jeu, par pur plaisir par son créateur, comme mon bien aimé Edward? Je ne pouvais pas comprendre, et cela m'intriguait malgré tout, bien que fort peu. Je ne connaissais que Zephir qui soit, comme moi, né vampire.

Le rire de mon interlocutrice me réveilla, me sortant de mes pensées. Je souris, observant avec amusement son euphorie. Son allure que certains auraient qualifiée d'androgyne, de par ses vêtements masculins prêtés à son visage de femme m'était très sympathique, et, je dois l'avouer, fort distrayante. Elle tournait autour de moi, petite danseuse en chemise et bas moulants. Ses cheveux ondulaient fièrement autour de son visage. Elle avait quelque chose d'infernal, mêlé à une magie que je sentais couler dans ses veines sans vie. Elle poursuivit alors, engageant de nouveau la conversation, entremêlant, enlaçant dans sa voix un rire fuselé, qui chantait dans la pièce alors qu'elle s'exclamait d'un ton théâtral. Elle m'avait reconnue, et sa révérence me fit sourire, et un rire cristallin s'échappa de ma gorge. Elle ne se moquait pas, mais n'avait rien de sérieux. Parfaite vampire indéfinissable, qui n'avait pour moi ni crainte encore, ni admiration aucune.

"Que vous êtes admirable, Népenthès."

Ma voix avait foncé hors de mes cordes vocales, résonnant avec légèreté dans la pièce. J'étais profondément amusée par la vampire follette.

"Pour qui travaillez vous en ce moment? Vous filez comme une ombre entre les mains des grands Seigneurs. Sans doute, personne n'a su encore vous mettre dans son filet.."

Non, jamais personne n'avait réussi à retenir l'empoisonneuse, personne n'avait vaincu de son indépendance, elle qui était pourtant une servante, une vampire au service d'autres. Elle était un fantôme, traversant murs et gens sans s'arrêter, errant pour ne penser qu'a ses besoins, ses envies, sans songer à se fixer, se lier à un autre. Mieux valait pour elle, j'en étais presque sûre. Rares sont les grands maîtres vampires à se délecter avec gentillesse d'une personne pareille. Non, elle était comme un gros gibier, et tous les moyens seraient bon pour la mettre entre ses mains à jamais. Tous. Je le savais bien, et j'admirais sa force. On se ressemblait, elle et moi. On se ressemblait..

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Népenthès
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MessageSujet: Re: Être ou ne pas être?   Ven 1 Aoû - 17:38

Népenthès retrouva enfin un peu de sérieux. Elle se planta devant Andrea et la fixa sans ciller, pareil à un serpent guettant sa proie. Mais ses muscles n'étaient pas tendus, rien ne présageait qu'elle allait faire quoi que ce soit. Un mince sourire se dessina sur ses lèvres, porteur de tout le mystère qui l'entourrait. Folle à lier ou saine d'esprit ? Elle aimait jouer sur l'ambiguité. Elle aimait être insaisissable. Elle refusait d'être enfermée dans le carcan d'une catégorie bien précise. Elle était elle, un point c'est tout. C'est également pour cela qu'elle poursuivait ses buts dans son unique intérêt. A quoi bon servir quelqu'un qui, de toute évidence, ne s'intéresse également qu'à sa propre soif de pouvoir ? Elle n'était pas du genre altruiste, oh non... Ses services, elle les vendait à prix coûtant. Et pas que de façon monétaire. Si certains voulaient avancer, elle aussi...

" Je travaille pour un Seigneur Vampire dont je tairais le nom... " dit elle en se balançant sur ses pieds comme une gamine agitée.

" Alors disons que pour nous deux, il s'appellera Silence... " poursuivit elle en posant un doigt sur ses lèvres, l'air espiègle.

" Mais pour l'instant, je n'ai pas grand chose à faire... Monseigneur Silence prend son temps... Il prend toujours son temps... aussi bien pour comploter que lorsqu'il me prend dans son lit... "

Elle gloussa en prenant des airs de grande dame qui aurait à moitié honte de révéler de tels secrets. Puis elle ouvrit grand les bras et tourna sur elle-même comme pour embrasser la totalité du théâtre.

" Alors je me promène un peu partout de part le monde... Car le monde est un théâtre, vous ne trouvez pas ? Nous sommes tous les marionettes de quelqu'un ! Que ce soit d'un ami, d'un amant, d'un ennemi ou même de nous-même... Manipulé par notre orgueil ou notre envie... Le vice ayant déjà écrasé la vertu pour prendre sa place d'honneur en notre sein... "

Elle ferma les yeux, en produisant une respiration bruyante, comme quelqu'un qui se gonflerait les poumons d'un air frais et sain. Elle, remplissait uniquement chaque parcelle de son corps de multiples sensations qui lui rappellaient qu'elle était son propre chef, à la fois la marionette et le marionetiste. Cela la fit sourire.

" Mais quelle sensation grisante que de se sentir pris par le vice ! La vertu, c'est le remords, le vice, c'est le délice sans concession... "

Elle laissa alors ses bras retomber mollement le long de son corps. Son regard balayait le théâtre comme si elle y recherchait une trace de vie. Mais mise à part les couinements des souris, il n'y avait qu'elle et Andrea en ces lieux. Seules, au milieu d'une marée de sang écarlate, sièges abandonnés entre deux représentations. Oui, le monde était un théâtre. Et les gens venaient dans ce genre de salle pour regarder le propre spectacle de leur vie. Ils riaient de leur sottise, sans avoir conscience qu'ils riaient de leur propre image. Cet acteur poudré de blanc, fardé jusqu'à la moelle, déguisé à outrance... n'était-il pas le parfait reflet de celui qui l'observait en riant ? Comme un miroir grossissant. Pour Népenthès, la vie de tous les jours était un spectacle. Elle était la spectatrice du vice et de la vertu mise en scène, et souvent elle cherchait l'acteur ou l'actrice qui serait son double, dans cette autre réalité. Sans doute y avait-il quelque part un être qui était son reflet - ironie d'ailleurs, puisqu'en tant que vampire, elle n'avait pas de reflet. Alors elle en cherchait un. Parfois elle en trouvait, parfois non. Formes indistinctes et floues qui tourbillonaient autour d'elle. Balet de la vie, merveilles de la nuit.

Et alors qu'elle observait Andrea, elle se demanda si elle n'avait justement pas un reflet d'elle-même en face d'elle. Elles venaient clairement de deux milieux distincts : l'une issue de la bourgeoisie, l'autre de la piétaille. Mais au delà de cela, il y avait quelque chose dans le regard d'Andrea. Un désir de liberté et d'autosatisfaction peut-être ? La fougue, l'esprit libre, l'indépendance... Elle sourit alors à ses pensées et ses yeux restèrent fixés sur le visage d'Andrea. Elle attendait quelque chose, semblait-il. Qu'Andrea lui rende ce sourire malin et secret, comme pour parfaire ce tableau de parfait reflet.

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MessageSujet: Re: Être ou ne pas être?   Lun 18 Aoû - 22:18

J'observais la vampire qui semblait très décontractée, relaxée au milieu de ce théâtre vide et silencieux. Elle était rieuse, et son délire l'emportait dans les embruns d'un océan de folie impénétrable, telle la victime du Hollandais Volant qui emportait ses victimes au large du Cap Horn pour leur offrir un vent de torpeur et de folie. Pourtant, je le sentais, chaque parcelle de sa peau se tendait sous la toile de ses habits. Cela m'amusait, et un sourire vint à son tour s'étendre et se balader sur mon visage. Je surpris le regard inquisiteur de mon interlocutrice, qui inspectait visiblement ma personne, avec ses yeux fous et fourbes, avec cet aspect emprunt d'une innocence fausse et violente. Elle s'avança vers moi, à pas lents, le regard de plus en plus dilaté, comme si elle eut observé une vision d'horreur au delà de ma silhouette, loin, très loin derrière moi, et qu'elle aurait voulu la détailler au plus profond en m'épargnant la prévention. Pourtant, elle m'analysait à travers ses yeux dingues, je le savais. Je savais qu'elle préparait savamment sa réponse, attendant le moment propice pour me servir la chute de ma question qui était jusque là restée en suspens.

Elle était tout simplement incompréhensible. Elle s'échappait, petite fée à la bourse remplie de poudre d'escampette. Oui, elle filait loin, très loin des rivages connus de ce monde, dans une ombre incertaine où elle était une reine que personne ne pouvait parvenir à toucher, à atteindre. Diva inaccessible dont le rire tonitruant résonne encore dans cet endroit à la fois si riche et si lugubre. Mais elle me répondit, sa voix cassant le silence qui s'imposait entre nos rires. Elle était étrangement amusante, et je me plaisais à me dire qu'elle me distrayait énormément. Elle avait la langue finement pendue et répondait avec une touche de lucidité que je trouvais intrigante. Elle était si secrète, si mystérieuse, et je voulais à tout prix résoudre le casse tête. Je n'y laisserais sans doute pas ce qui me sert actuellement de vie, mais je chercherais bien sûr à comprendre comment fonctionnait cette mécanique étrangère à mon propre système. De son ton amusé, elle gloussait à ses propres blagues, et je la suivis dans un sourire tout aussi distrait, me joignant à son rire démoniaque dans cette réflexion qui m'introduisait pleinement dans ses rapports avec ce mystérieux employeur.

"Je vois. Je crois bien que votre Silence sait très bien user de ses charmes dans vos filtres étranges. Prenez garde de ne point vous y faire prendre, je serais bien déçue que votre tête tombe entre des mains aussi coquines, pour ne point être grossière."

Je ris, profondément amusée par ce dialogue sans queue ni tête que nous nous servions mutuellement. Et je poursuivis, amenée malgré moi à poursuivre sur le chemin de ces palabres insensées une discussion pour le moins inattendue et surprenante.

"Si vous voyez ce que je veux dire, bien sûr."

Je savais qu'elle savait, nul ne pouvait ignorer le sous entendu vulgaire que je posais dans mes phrases limées et coupantes. Elle n'était point idiote, je le savais parfaitement, et elle ne pouvait avoir laissé passé cette phrase sans en apprécier pleinement le sens pervers, que nous autres, dames vampires, apprécions tant lorsque nous parlons à mi mots de nos partenaires.

"Je sais que vous voyez ce que je veux dire. J'espère sincèrement qu'il saura se tenir pour vous conserver, sans quoi, au moindre faux pas, allez donc voir ailleurs. Je ne saurais me permettre de donner des conseils à une empoisonneuse, mais, croyez moi.. Mieux vaut lui pourrir la vie, dans tous les cas. Sans sentiments, il n'y a que le pouvoir."

Je m'arrêtais un instant, laissant mon murmure s'évaporer dans l'atmosphère brûlante du théâtre de luxe de notre fief vampirique si noble. Puis je repris, laissant ma voix porter mes pensées, ne dissimulant point mon opinion, sans donner à cette femme le pouvoir des mots, qu'elle put utilisé pour me coincer un jour. Nous étions faites pour nous entendre, je le savais déjà. Et je me doutais qu'elle le savait aussi.

"Vous pouvez faire de grandes choses, Népenthès. Que je vous le dise, je saurais vous être utile en temps voulu, si toutefois vos services s'avèrent à la hauteur de ce que je pourrais faire. Oeil pour oeil si je puis me permettre.."

Ce doux parler ennivrant se respirait dans la salle comme ma fragrance si féminine qui laissait s'échapper des effluves fleuries, mêlées d'une senteur de sauvagerie. Je n'étais point félonne, mais mon parfum s'établissait en un tourbillon d'essences corporelles ou particulières qui laissait en chacun de mes pas une odeur douceâtre. Je souriais à celle qui me faisait face, attendant une réponse à mes phrases enigmatiques, écoutant également la suite des élucubrations de celle qui me faisait face avec tant d'ardeur dans sa parole.

"Le vice est ce qui nous fait vivre. Pour peu que l'on soit vertueux, on se retrouve dernier de la liste. Mieux vaut régner en enfer que de servir au ciel, mon amie."

J'appuyais chacun de mes mots. Je savais qu'elle allait en savourer chaque syllabe pour s'en injecter la force et le sens. Saurait elle comprendre tout ces messages que je lui envoyais? Nous verrons, Népenthès, nous verrons. Mais tu n'es plus seule, ce soir, sauras tu en tirer profit?
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MessageSujet: Re: Être ou ne pas être?   Dim 18 Jan - 14:58

Les yeux de Népenthès brillèrent dans l'obscurité du théâtre. Pareil à deux étoiles perdues dans un océan de velours et que des marins égarés suivraient dans le fol espoir de regagner la terre. Mais ce regard n'offrait qu'un naufrage prévisible, on ne pouvait que s'y abimer si on se frottait à un tel espoir. Le sourire de la vampire se fit large et énigmatique. Il y avait presque du désir dans l'expression de son visage. Elle fit un pas vers Andrea et prit ses mains au creu des siennes. Il n'y eut aucun échange de chaleur, toutes deux étaient aussi glacées que la pierre froide d'une tombe.

" Soyez sûre que je saurai me souvenir de ses paroles, Dame Andrea... " susurra t elle avec un air presque lubrique.

Ses lèvres déposèrent un léger baiser sur les doigts de son interlocutrice. Elles remontèrent jusqu'à son poignet et les dents aussi luisantes que deux lames de rasoir firent mine d'entailler la peau tendre qui s'offrait à ses canines. Mais elle ne laissa qu'une fine entaille, à peine visible. Népenthès lui lacha les mains et tel un corbeau qui tourne autour d'une proie, elle se mit à lui tourner autour. Ses doigts ne quittèrent cependant pas l'étoffe dont Andrea était vêtue, effleurant doucement ses hanches.

Versatile, manipulatrice... Aucun mot ne la définissait mieux que cela. Mais elle savait pertinemment qu'Andrea était trop intelligente pour se laisser berner par ses petits jeux.


" Vous savez ce que je vois en vous, ma Dame ? " demanda t elle d'une voix douce et pourtant nimbée de folie et de déraison.

Elle s'arrêta de tourner pour fixer ce regard captivant dans lequel elle plongea avec volupté. Un sourire traînait toujours au coin de ses lèvres, énigmatique...


" Je vois un Miroir... Il serait stupide de dire qu'il s'agit du Miroir de mon âme, j'ai vendu la mienne... " dit elle en se mettant à rire de plus bel, comme à nouveau prise d'une crise de démence.

" Mais je crois sincèrement que nous nous ressemblons beaucoup... "

L'une de ses mains caressa alors le visage d'Andrea. De l'autre, elle saisit de nouveau l'une de ses mains. Elle y glissa alors une petite fiole dans le creu de sa paume, une petite fiole de cristal étincellant dans laquelle se trouvait un liquide doré aux allures iridescentes.

" Je serai grandement chagrinée de ne plus pouvoir admirer mon reflet en ce bas monde... " dit elle pour toute explication, mimant une moue boudeuse, comme une enfant à qui l'on voudrait ôter son jouet préféré.

Elle referma délicatement les doigts d'Andrea sur la fiole et se hissa jusqu'à son oreille pour murmurer avec douceur :


" Il suffit d'une seule morsure pour que le serpent vienne à bout de sa victime... quelle qu'elle soit... "

Puis elle fit un pas en arrière et étendit les bras en tournant sur elle-même, comme si elle voulait embrasser la totalité du monde entre ses paumes. D'une voix forte et triomphante, elle déclara :

" Que le spectacle commence ! "

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MessageSujet: Re: Être ou ne pas être?   Dim 18 Jan - 23:00

Nous étions comme deux comédiennes jouant leur tragédie, leur pièce, au milieu de ce théâtre vide. Nous étions deux écrivains traçant de leur plume imaginaire l'histoire de leurs vies, s'entrelaçant, s'emmêlant, cherchant à se frayer un chemin vers l'autre, pour percer le secret de ce roman fantasque dont chaque lettre, chaque ligne, était créée de notre main, de nos gestes. Deux artistes en plein apogée de leur création, investies d'un génie tant diabolique que merveilleux, qui tendait à nous rendre presque magiques, comme si nous étions dans un autre monde, une bulle où notre communication seule était le fil qui nous reliait à notre vie habituelle. Je pensais alors aux trois vieilles prêtresses grecques, les Erinyes, qui, a elles seules, tissaient le fil de la vie, le tendaient, l'usaient, jusqu'à le couper de leur rire féroce et précipiter les hommes dans les ténèbres de la mort. Je souris alors, doucement. Je ne connaitrais jamais la mort, jamais. Cette vile chose ne peut attraper la silhouette immortelle que je suis, qui va et vient dans ce monde tout aussi infini que ma petite personne. Et je me retourne alors vers Népenthès, croisant dans ses yeux brillants la même lueur folle que dans les miens, et j'ai cru un instant que nous avions échangé la même pensée. Foutaises.

Cette dernière se saisit de ma main. Un rire léger vient fuser à mes lèvres. La vie est un théâtre oui, chère Népenthès, la vie est une comédie, une longue et douloureuse comédie où ceux qui se rient de l'histoire ne sont jamais les mêmes, ou du moins rarement. Je le savais bien, et elle le savait sans doute bien aussi. Nous n'avions pas le même vécu, mais il y avait quelque chose de commun à nos deux immortalités. Sans doute avait elle connu la peine et l'humiliation, choses que je n'avais que très rarement ressenti, mais cette flamme d'orgueil illuminant nos jours, brûlant dans nos corps, j'en étais sûre à présent, était bien la même. Dans un geste tout aussi démonstratif et théâtral que ses paroles, l'Empoisonneuse me fit un baisemain, délicat, et parla de sa voix suave, tournant autour de moi, laissant ses mains courir sur ma taille, un sourire de vipère rôdant sur ses lèvres pâles. Mon sourire a moi dévoilait ma dentition de vampire, mes canines venant affronter avec légèreté mes lèvres pleines. Népenthès fit mine de me mordre le bras, laissant derrière le passage de sa bouche une fine traînée cicatrisante déjà. Mon sourire s'épanouit. Nous étions sur la même longueur d'ondes, sans aucun doute.

"Je sais que vous saurez prendre en compte un tel conseil, chère Népenthès."

Je me mis moi aussi à tournoyer autour de mon interlocutrice, et notre démarche semblait pareille à celle de prédateurs, surveillant communément une proie fictive, échangeant à loisir un sourire de connivence, comme deux violentes lionnes chassant, traquant une pauvre gazelle qui n'avait désormais plus aucune chance. Il faut dire que nous avions toutes deux les caractéristiques de lionnes, la fierté, la férocité, la ténacité.. Et sans doute la cruelle beauté, ce calme ronronnant, cette paresse qui cohabite avec l'excitation au cours d'une divertissante partie de chasse. Et soudain la poussée, comme un élan brutal, qui nous mène au fait, comme deux inébranlables tueuses. Ce que nous étions en cet instant, sans aucun doute. Mais ma rivale de chasse s'arrêta face à moi pour reprendre la parole, fixant mes yeux de glace avec un étrange regard, et je sentis qu'elle plongeait dans les océans polaires de mes iris bleutés. Miroir disait elle. Pas mal, ce n'était pas faux.

"Je crois aussi que nous nous ressemblons, Empoisonneuse, et qu'il serait dommage de briser ce reflet si délicat.. Aurais-je tort?"

Prenant doucement ma main suite à une caresse sur ma joue qui me fit frémir, la personne qui me faisait toujours face glissa au creux de mes doigts une fiole cristallisée, remplie d'une liqueur dorée, ambrée, dont les reflet à travers le cristal luisaient comme un joyau à la lumière des quelques torches enflammées du vieux théâtre. Les paroles qui auraient pu paraître dénuées de sens au premier venu prenaient pour moi une signification nouvelle, et je compris que je m'engageais, en acceptant cette fiole, à me lier d'une façon ou d'une autre à la prêtresse des poisons, patronne des serpents. C'était peut être ce qu'elle voulait. Je serais un bouclier pour elle, et elle serait mon ultime poignard. Quelle belle métaphore. Révélant pleinement mon sourire de vampire, un sourire carnassier et naturellement sensuel, je répondis à ses paroles.

"Prenez comme gage l'assurance que je saurais vous être utile, Népenthès. Ne croyez pas que je ne sais point attaquer. Votre reflet peut être le plus coriace qui soit."

Prenant du recul, comme le faisait Népenthès, je laissais mon rire envahir la pièce, et, reprenant mon violon dans les mains, je me remis à jouer, un morceau alegretto, agité, dont la ferveur et le rythme excessivement rapide, témoignant des pouvoirs de vitesse vampiriques qui m'avaient été conférés, invitaient ma nouvelle partenaire à danser, profitant de cette scène qui était nôtre, et qui n'offrait ce soit à personne le spectacle de notre apologie féminine. Je me laissais aller sur mon violon, enchaînant les accords dans cette mélodie frénétique.

"Disons plutôt que le spectacle continue, Népenthès!"

Riant, d'un rire fourbe et démoniaque à mon tour, laissant ce rire cristallin s'échapper avec toujours plus d'intensité de mes cordes vocales, je repris la parole, de ma voix feutrée et aussi légère que mes notes de musique.

"Soyez à mon service, Empoisonneuse, et vos secrets sauront être préservés de toutes représailles. Défendez la couronne, et je saurais vous en être gré."

Je poursuivis, car j'étais encore dans la pleine euphorie de mon morceau, me laissant bercer par les sons, fixant de mes pupilles brillantes la vampire qui s'extasiait à mes côtés.

"Je ne vous demande pas de renoncer à votre Silence. Mais simplement d'être mes yeux et mes oreilles où vous le pourrez, d'être ma main dans vos gants de velours, et je vous promets d'être votre tête là où les doutes se présenteront, et tous ne pourront que gémir d'impuissance."

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MessageSujet: Re: Être ou ne pas être?   Mar 20 Jan - 16:54

Népenthès eut un sourire conquis aux paroles d'Andrea. Non pas qu'elle aurait accepté de se soumettre à qui que ce soit, quand bien même ce "qui que ce soit" fut de rang impérial. Népenthès pratiquait ce qu'on pourrait appeller un échange de bons procédés et Andrea semblait avoir compris cela. Ses services contre d'autres, même glanés contre le gré de ses précieux soutiens. Ceci dit, elle percevait quelque chose dans la vampire qui se tenait face à elle. Quelque chose de bien plus aiguisé qu'une banale coopération. Dès à présent, il régnait un véritable consensus entre elles. Un accord tacite, allant bien plus loin qu'un pacte de non agression. Sans doute Andrea avait pris pleinement conscience de qui elle était vraiment. Un courant d'air. Un fantôme. Une poignée de sable insaisissable. C'était elle qui les avait liées, toutes deux, en saisissant la main tendue d'Andrea et en la menottant à la sienne. Elle avait finement scellé leur deux destins.

Tandis qu'Andrea se remettait à jouer, Népenthès la regarda faire et l'écouta avec attention. Et elle continuait d'écouter cette alléchante proposition. Des deux côtés, les intérêts étaient grands. Népenthès lui garantissait une protection. Andrea lui offrait une occasion en or de s'infiltrer dans les plus hautes sphères de la société vampirique. Pour l'instant, elle ne se souciait pas trop des lycans et des humains. Chaque chose en son temps. Les vampires formaient déjà un gros morceau à avaler. Et l'occasion s'ouvrait à elle de s'ouvrir de nouvelles portes.


" Mon Seigneur Silence n'est point jaloux... Il me prêterait volontiers à Votre service... " répondit elle enfin en mimant une révérance.

Elle fit mine de saisir les deux pans d'une robe imaginaire et s'inclina bien bas. Au fil des notes, elle se mit à tournoyer, grisée par la sensation de perdre le Nord. Il n'y avait rien de plus grisant que cela. Perdre les sens, sombrer dans la folie, surtout lorsque celle ci était feinte. Les jeux des masques étaient ses favoris. Elle ne craignait pas de passer pour une folle aux yeux des autres. Qu'était le regard, sinon une fausse fenêtre sur le monde ? Il était facile de se dissimuler aux yeux d'autrui. Facile de paraître autre, d'aliéner son esprit...


Népenthès s'arrêta soudain de tournoyer, rétablissant son équilibre en quelques secondes. Mais elle tournait le dos à Andrea, à présent, et son regard était tourné vers la salle du théâtre vide. Elle resta silencieuse de longs instants, écoutant les notes jouées par sa compagne de scène avec un certain respect révérencieux. La musique envahissait le théâtre, résonnait dans chacun de ses recoins, l'animant d'un peu de vie alors que tous les sièges restaient désespérement vides. Le regard de l'empoisonneuse se fit presque mélancolique, absent. Personne n'aurait pu dire quelles étranges pensées traversaient soudain son esprit à la fois tordu et si machiavélique. La folie était le manteau qui la couvrait le mieux.

" Ne sommes nous pas seulement des pions sur un grand échiquier, ma Dame ? Et puisque vous en êtes la Reine, j'en serai le Fou ! "

Elle éclata d'un rire de démente et les sonorités de ce rire se mêlèrent aux notes de la musique d'Andrea, comme le parfait mariage de l'Harmonie et de la Folie, dont chacune d'elle était l'Avatar. Le théâtre était devenu la scène de leur étrange rencontre, et les spectacteurs invisibles étaient les seuls témoins d'une telle alliance. Népenthès semblait vouloir les défier du regard. Elle était seule maître de son Destin, depuis le jour où elle avait vendu son âme en échange de l'immortalité des vampires. Son âme s'était déjà désséchée en même temps que son coeur lorsqu'elle s'était laissée engloutir par les Ténèbres. Elle n'avait, en somme, presque rien perdu. Toute sa vie - ou plutôt, son existence, car peut-on raisonnablement parler de vie pour une vampire ? - avait été sous le signe de l'apprentissage perpetuel, elle n'avait rencontré nul échec dont elle n'avait su tirer profit. Grace à un savant mélange de perfidie et de manipulation, elle avait su s'élever sans en donner l'air. Qu'importe le rang, cela n'avait aucune valeur à ses yeux. Elle était persuadée qu'en ce monde, il existait des êtres de bien plus grande valeur que celle que leur indiquait un vulgaire titre de noblesse ou de servitude. Là encore, ce n'était qu'une question d'apparence...

Enfin, elle se retourna vers Andrea, son visage à présent nimbé d'indifférence. Elle ne souriait plus et plus aucune folie ne se lisait dans ses yeux. Elle était tout ce qu'il y avait de plus sain d'esprit.


" Soyez assurée que je serai bien plus que votre reflet, Dame Andrea... Je serai votre Ombre... "

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