Froid. Il faisait si froid. Oh oui, il faisait si froid, comme si le marbre glacé du palais vampire enfourchait la peau et se logeait dans les muscles de l'Oracle. Si Froid.. Que ça en était presque euphorisant. Il y avait quelque chose d'une drogue dans cette froideur, qui dépassait l'entendement de Mademoiselle de Saint Paul. Comment était elle entrée là? Nul n'aurait pu le dire. A l'égal du Messager, l'Oracle se trouve toujours là où il le souhaite, ou non d'ailleurs. Toujours est-il qu'elle se trouvait là, frêle jeune fille à la pâleur presque fantômatique, errant dans les rues de Vasteval avant de trouver l'entrée du palais impérial. Elle avait les pieds élimés, abîmés de sa marche éternelle, et, toujours murmurante, elle jetait autour d'elle des regards apeurés, ces regards de biche traquée qu'elle avait toujours. Tout se passait comme si elle fût née ici, et pourtant, où qu'elle soit, elle ne trouvait autour d'elle qu'une horrible frayeur et cette sombre déchéance.
C'est ainsi qu'elle pénétra dans la salle de Bal. Le monde était en émoi, il y avait un mort. Un rire plein d'hystérie s'empara de la Voyante. Un rire puissant, animant son visage aux yeux exhorbités, son regard fou et son sourire entier de démence. Un mort ! Un mort chez les vampires ! Ce rire aurait pu être là considéré comme une profanation à l'empire vampirique, surtout venant de cette silhouette fragile, humaine qui plus est. Mais non. La communauté de noblesse des buveurs de sang s'était complètement retournée, arborant une nette surprise sur leurs figures, masques jusque là agrémentés d'un air chagriné, probablement dû à la chute de leur compatriote immortel. Immortel.. Plus maintenant.
Tous étaient donc tournés vers la petite femme, qui avançait, pieds nus, vêtue de sa simple robe habituelle, bleue sombre, réhaussée du voile des soeurs religieuses. Son expression était vide sous son éclat de rire soudain, et elle avait les lèvres gercées, craquelées par endroit par la chaleur du désert qu'elle avait logiquement bien dû traverser pour arriver jusqu'ici. Des mèches de cheveux bruns épars tombaient autour de ses tempes, et ses iris gris scrutaient la foule avec un calme étrange.
L'Oracle s'approcha de la princesse régente, adressant un sourire absent à Andrea, se faufilant dans la troupe présente qui lui cédait de toutes façons le passage. Rochel alla passer une main sur la vitre brisée par le corps tombé, et elle releva sa main une fois celle-ci coupée par les éclats de verre et de vitraux. La main ainsi ensanglantée, elle revint au milieu des vampires, qui semblaient ne pas voir ce sang pourtant si cher. Marie leva les yeux au plafond, comme si elle y voyait le seigneur dieu en personne, et, retombant dans le silence à présent pesant de la salle, ce fut d'une voix enrouée, profonde, qu'elle parlât alors.
"Sauvez moi.. Vous tous qui restez là.. Sauvez moi !"Elle poursuivit, soudain animée d'un long sanglot de douleur. Une vision sans doute, et, agitée de convulsions, elle se tourna vers la Régente Impériale, et sa voix devint plus cristalline, comme un souffle qui se meurt.
"Vois en ces rues Renaissantes,
Et en ces ruelles des plus obscures,
Retire moi de cette sombre chapelle,
Où je me languis et me meurt, Juliette oubliée,
Noyé dans cette sombre demeure,
En attendant mon éternel trépas.."Des pleurs agitèrent le corps de Marie Rochel, qui se mit alors à gémir plus puissamment qu'auparavant, le regard baigné de larmes qui coulaient sans gêner la fixité de ses yeux gris. Elle regarda soudain autour d'elle, retombant brusquement dans un silence religieux, retrouvant cette familière attitude de bête aux abois, et elle s'enfuit, courant sur le sol dallé de marbre, se retournant comme pour guetter ses arrières.
L'Oracle était parti, laissant là un unique message.
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Yes. It was a dream..